Manager comme …

Manager comme … le Tracassin

Réflexions sur les relations humaines à partir du film le Tracassin

Nous sommes à Paris au début des années 60, André Loriot, le personnage joué par Bourvil, est l’assistant du Docteur Clairac au sein d’un laboratoire produisant des pilules pour « entretenir la bonne humeur ». Le film nous emmène dans la journée folle du 19 septembre d’André où une série de petites tracasseries s’accumulant dans un agenda déjà chargé, il en viendra à consommer les pilules qu’il vend et à perdre de vue son objectif : trouver un appartement pour s’installer avec sa fiancée, Juliette.

Les trois erreurs d’André qui le transforment en « Tracassin »

1° Subir le quotidien

Le film ayant pour sous-titre « les plaisirs de la ville » le ton est donné assez rapidement : nous sommes dans une critique de la vie urbaine. Il est donc normal que le quotidien nous y soit présenté comme particulièrement désagréable. Entre les nuisances sonores (le concert des poubelles et les bruits de chantier), la circulation (les embouteillages, les accrochages, le casse-tête pour trouver une place de parking ou pour retrouver sa voiture quand elles se ressemblent toutes) et la surpopulation (le restaurant du midi est plein, la difficulté à se loger, devoir faire la queue à la banque) ; la journée du pauvre André semble bien oppressante. La spirale infernale de la surcharge se referme ainsi : plus il subit les évènements, moins il s’arrête pour dire stop ou faire une pause et moins il s’arrête, plus il subit. Dans une journée où il n’est prévu aucun moment pour soi, le risque est fort de se retrouver épuisé.e le soir.

2° Faire (trop) plaisir

André doit, en plus de son travail et, dans la même journée : rendre service à son patron, trouver de la layette pour la naissance de sa nièce, contenter les clients (notamment un personnage imprévisible Mr Van Houten homme d’affaires hollandais), conduire une femme sur le point d’accoucher à l’hôpital, s’occuper de Juliette et trouver un nouvel appartement. Une fois la liste ainsi posée elle nous apparaît rapidement comme une sorte de mission impossible et d’échec programmé. Il est fort probable que ce personnage soit animé de manière forte par un désir de faire plaisir et rendre service. Ce qui peut s’avérer problématique car vouloir contenter les autres en ne disant jamais non c’est prendre un risque énorme d’oublier des choses, d’être frustré et de faire des déçus. Ce qui arrivera bien évidemment dans le film. Ce film met en lumière de manière très concrète l’importance de savoir dire non.

3° Oublier de prendre soin de soi et de son corps

Le film décrit de manière parfaite les conséquences sur un être humain « normal » de la surcharge. Ainsi, nous allons assister à des comportements qui ne lui ressemblent pas et qui vont en quelque sorte « le pousser » à commettre des incivilités. Nous pouvons citer les scènes suivantes : forcer une fenêtre pour récupérer ses chemises chez la concierge, se garer en double file et gêner la circulation, être désagréable avec les commerçants et les autres automobilistes, arracher le stylo du banquier, griller les feux rouges et être en conflit avec la maréchaussée. Face à ce trop plein d’émotions, André compense avec ses comprimés de bonheur BH33, présentés comme un régulateur neuropsychique aux effets « Euphorique Stimulant Tranquillisant ». Quoique la promesse soit très alléchante, elle ne sera pas vraiment utile pour résoudre ses tracasseries. Il est bon de rappeler que l’être humain a des capacités physiques et émotionnelles limitées et qu’un vieil adage nous dit que celui qui veut voyager loin doit ménager sa monture.

60 ans plus tard, nous vivons dans un monde dans lequel on peut recevoir un whatsapp disant « je t’ai fait un teams » et le teams disant « je t’ai fait un mail »*. Notre quotidien a-t-il donc vraiment changé ? Tel est le point de départ de cette analyse.  

Quelques antidotes pour ne pas manager comme un Tracassin :

1° Retrouver du pouvoir sur le quotidien

  • Compter le nombre de fois où dans une journée je prononce les phrases « je n’ai pas le temps » et « je n’ai pas le choix » et les remplacer petit à petit par « je termine ce que je fais d’abord » et « je choisis de »
  • Se questionner sur l’importance que je donne aux petits soucis de la vie quotidienne. Pour rappel la définition Larousse de « tracas » est « souci, inquiétude momentanée, dus surtout à des ennuis matériels ».
  • Questionner ses habitudes en gestion des priorités : qu’est ce qui est vraiment urgent ? qu’est ce qui est vraiment important ?

2° Faire plaisir… quand cela est possible

  • Observer la petite voix qui nous dit qu’on peut faire un maximum de choses pour tout le monde en un minimum de temps et… baisser son volume car cela n’est pas vrai.
  • Privilégier la qualité des moments partagés à la quantité. Pour anecdote, dans le film tout le monde mange au restaurant sans se parler car la télévision est allumée.
  • Se rappeler que derrière un non à une demande, il y a un oui à soi-même, à son agenda, à son bien-être. On peut aussi observer que les gens qui disent toujours oui ne sont paradoxalement pas forcément les personnes les plus respectées. Que se serait-il passé pour André s’il avait dit non à certaines demandes ? S’il avait reporté certaines tâches ?

3° Accepter de prendre soin de soi et de son corps

  • Trouver des outils ressources pour faire attention à notre corps. Nous avons la chance aujourd’hui d’avoir à notre disposition aujourd’hui une boîte à outils très pertinente pour améliorer notre vécu : yoga, sophrologie, méditation, hypnose, cohérence cardiaque, etc.
  • Interroger les gens autour de nous sur notre disponibilité car ils sont souvent de bons révélateurs de notre état émotionnel. Attention donc aux alertes telles que « tu ne m’écoutes pas » ou encore « mais pourquoi tu te mets dans cet état ?».
  • Apprendre de ses erreurs. Après une journée épuisante, il peut être utile de prendre du recul et d’analyser ce qui s’est passé. Est-ce que j’ai pu faire tout ce que j’avais prévu ? Est-ce que mes ambitions étaient réalistes ? Est-ce que quelqu’un d’autre à ma place aurait pris les mêmes décisions ?

Pour conclure ces réflexions je reviens au point de départ de ma pratique : pour changer les résultats il faut changer les relations. Et quel est le point de départ des relations saines ? Une communication claire. Le laboratoire qui commercialise le BH33 a pour slogan « la bonne humeur c’est la santé », j’aurais envie d’ajouter que « les bonnes relations c’est la santé aussi ».

*ceci est une histoire vraie

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